Nourrir sa vie : se maintenir évolutif

par | 7 Mar 2026 | 1 commentaire

 

Nourrir sa vie : se maintenir évolutif

« Nourrir sa vie » est une expression d’origine taoïste commune en Chine. Etant donné que la philosophie de la Chine Ancienne s’enracine dans le renouvellement et non dans une finalité à atteindre (l’idée de finalité, de progrès, n’a été introduite que récemment en Chine : par Marx), il s’agit alors de « nourrir sa vie », ce qui signifie « se maintenir évolutif ».

Comment se maintenir évolutif ? Une image chinoise nous permet de mieux le comprendre : celle du berger menant son troupeau. En Chine, le berger ne marche pas devant son troupeau comme le Bon Pasteur que nous connaissons bien, qui guide, ouvre la Voie. En Chine, il se positionne derrière ses bêtes. Il est derrière pour continuer à les faire avancer, les fouetter, les stimuler, les « animer ». Il est là pour leur éviter de stagner, s’enliser, s’engluer, bref, pour leur éviter de ne plus évoluer.

C’est donc une philosophie de mise en pratique du mouvement, d’évolution, de régularisation. Cette notion de régularisation est très importante dans le Yi Jing. Nous la trouvons au fil de plusieurs hexagrammes mais plus précisément dans l’hexagramme 27, « Nourrir » qui traite de l’entretien de la vie et du manque, et dans l’hexagramme 60, « Mesure » où il est question de trouver la juste cadence entre excès et insuffisance.

Les chinois disent « ni quitter ni coller ». En effet, « quitter », c’est choisir l’ascétisme, le renoncement, « coller », c’est la « prise », s’attacher, se river à… Aucune de ces deux positions n’est souhaitable car il s’agit ici de pratiquer la disponibilité, l’ouverture tout en continuant son chemin. Il faut bien comprendre que cette disponibilité est aux antipodes de notre chère idée de Liberté héritée de la pensée grecque.

Se maintenir évolutif, c’est en quelque sorte s’arracher à soi-même, à sa particularité de départ, et s’ouvrir aux autres. Et cela passe forcément par l’expérience.

Il s’agit de prendre conscience sur le plan philosophique que c’est la mise en pratique, la stratégie, qui mène à la sagesse. Elle désobstrue ce qui obstrue, ce qui envase, ce qui bouche la Voie.

1 Commentaire

  1. Un grand merci pour ce nourrissant et éclairant article. Une des voies à déboucher, et dans nourrir, il s’agit bien de bouche 😉 est celle obstruée, semble-t-il, par l’opposition entre les pensées orientales et occidentales ; Comment faire évoluer l’opposition clivante pour conjoindre ces pensées (la conjonction ou complémentarité des opposés) ? Par des expériences partagées ? Mannick

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