
Les mouvements Yin/Yang
En prenant appui sur la Base de la Pensée chinoise de la sinologue Alice Fano
Le jeu du Yin/Yang est si subtil pour nos esprits occidentaux que parfois on s’embrouille un peu.
Le Yang dans l’univers est une force de dilatation, d’expansion sans fin. Rappelons le cercle (symbole du Yang) que l’on peut prolonger par la pensée indéfiniment, et lisons aussi ce qui se rapporte au premier hexagramme du Yi Jing, Qian, dit le Ciel ou « Élan créatif », 6 traits Yang : « activité, activité sans aucune cesse ».
Or, voilà qu’en acupuncture, le Yang est constrictif ! Se moquerait-on de nous ?
Il suffit cependant de réfléchir avec un peu d’attention pour voir la justesse de cela.
Toute force d’expansion dans le cosmos, lorsqu’elle rencontre un système va le compresser. Or, le Yin qui est inertie, donnera lieu en physiologie à des phénomènes de relâchement. Oui mais…
Le point de vue est différent selon que l’on est à l’intérieur du système ou au dehors.
Regardons mieux ces deux forces et la manière dont elles se comportent.
Dans un premier stade, plus le Yang se dilate et compresse ce qu’il rencontre, plus ce qu’il rencontre résiste. On voit bien cela dans la première mi-temps des matches de football. Plus une équipe attaque, plus la défense en face s’agite. A ce moment-là il y a une sorte d’équilibre : rien ne se passe en apparence puisque le Yang croissant, le Yin va croître aussi dans les mêmes proportions. Il y a résistance.
Mais tout ceci se passe dans un complexe d’expansion : chaque équipe veut gagner et s’y emploie. Pourtant, il y a un moment où la partie vire : une certaine fatigue se fait jour dans une équipe. Si nous supposons que l’équipe adverse, elle, ne se fatigue pas du tout, la partie à ce moment là va terriblement s’accélérer car la fatigue des uns sera mise à profit par l’activité des autres pour foncer et prendre l’avantage en toutes circonstances. Quand le Yang croît et que le Yin décroît, alors le Yang apparaît (yang ming), une équipe montre sa valeur et quelque chose se passe : un but est marqué. Mais à ce moment là, l’équipe adverse, vexée, reprend du poil de la bête et va faire une défense désespérée. Seulement, nous ne sommes plus dans le même contexte qu’au départ. Au départ, on voulait gagner, maintenant, on ne veut plus perdre : jue yin. Jusqu’au moment où une équipe ayant surclassé l’autre, le match sera gagné et on sera prêt pour un autre match pour la revanche.
L’inertie Yin peut-être active, elle peut se « retourner » pour venir augmenter le mouvement.
C’est ce que l’on appelle la loi des actions et réactions concordantes. Si l’on agit sur un système quel qu’il soit, ce système réagira et, l’inertie du système une fois vaincue, va dans le moment immédiatement postérieur se « retourner » au sens hégélien du terme et augmenter la réaction à l’action. Tout le monde sait combien si on lance fortement un pendule dans un sens il ne manquera pas d’aller encore plus loin dans l’autre sens. Il faut prévoir ce « retour de bâton ». Ne jamais oublier de prévoir la réaction que provoquera notre action…
Autre exemple : Lorsque vous faites démarrer votre voiture, il faut donner un bon coup d’accélérateur au départ pour vaincre l’inertie de votre véhicule. Il faut donc que le Yang soit supérieur au Yin pour que le système se mette en marche. Peu après, on arrive à un état d’équilibre où la moindre pression sur l’accélérateur a un effet immédiat : la voiture « répond » ; si vous allez encore plus vite, il y aura un moment où le poids de la voiture qui vous avait freiné au départ, vous entraînera : le Yin s’est renversé en Yang (6 est devenu 9). Si maintenant vous freinez parce que vous avez vu un feu rouge, il se produira ce qui s’est produit au départ, c’est-à-dire que le résultat de votre action n’est pas immédiatement apparent : vous avez l’air, pendant un moment, de continuer à rouler aussi vite, il y a comme un équilibre (shao yin et shao yang) mais dans un contexte de descente cette fois, de freinage, et la preuve est qu’en appuyant un tout petit peu plus sur le frein, stop, vous vous êtes arrêté pile au feu rouge.
Une chose est à conclure de cela : nous retrouvons ici la vieille idée chinoise de la conformité des actions avec le moment. Rien n’est mal en soi. C’est mal si on le fait à contretemps. Rappelons en passant que la notion de mal, comme elle l’est dans tous les Classiques chinois, est purement question de « non efficacité ».
0 commentaires