Tout d’abord, je tiens à vous souhaiter de très bonnes fêtes de fin d’année !

De l’intérêt de la difficulté de compréhension des textes.
Les textes du Yi Jing ne sont pas faciles à comprendre. Ils illustrent souvent certains faits historiques de la Haute Antiquité chinoise, survenus dans la période précédant la dynastie des Zhou. Des recherches archéologiques et sinologiques ont réussi à nous éclairer sur ces allusions et nous en faire saisir le sens.
Cependant, les métaphores, les images et les mots qui fourmillent dans les textes dépassent largement le cadre historique. Les personnages, animaux, directions, couleurs, matières, mouvements, envols, chutes, précipices, appels, objets rituels…, entrent en correspondance avec notre réel et prennent place dans notre présent en tant que symboles. Ils deviennent un support énergétique universel ouvert à tout cœur humain.
Comment ne pas être saisi par certaines lignes d’hexagramme comme celle-ci : « Esseulé en Divergence. On voit un porc couvert de boue, un char chargé de fantômes. D’abord on tend l’arc ensuite on détend l’arc. N’est pas brigand qui scelle l’union par mariage. En allant on rencontre la pluie donc ouverture s’ensuit » ? (6è trait de l’hexagramme 38, « Divergence »)
Le symbole
« Centre de métamorphose : c’est ce que Lawrence appelle un symbole, un composé intensif qui vibre et qui s’étend, qui ne veut rien dire, mais nous fait tournoyer jusqu’à capter dans toutes les directions le maximum de forces possibles, dont chacune reçoit de nouveaux sens en entrant en rapport avec les autres »
Gilles Deleuze
Et c’est exactement ce qui se passe à la lecture des textes du Yi Jing. En abandonnant l’idée de recevoir une réponse toute faite, nous entrons dans un processus dynamique, un mode de penser différent, plus élargi, une sorte d’éveil d’état de conscience.
Il s’agit de comprendre que c’est cette sorte de « flou » qui fait la force du texte. Ceci pour deux raisons majeures : d’une part, en laissant cohabiter des éléments différents (et même parfois contradictoires), il devient porteur de connections inédites qui vont faire sens pour nous, et d’autre part, ce « flou » permet de coller à toutes les époques, à toutes les situations. C’est pourquoi le Livre des Changements peut rester fidèle à lui-même.
la difficulté de compréhension des textes est certainement un des points forts du Yi Jing, avec la clarté aveuglante de certaines réponses. En dialogue avec la question soulevée par Dominique Bompaix, je glisse un article extrait du site “just Yijing” tenu à Bruxelles par Candice Vanhecke qui viendra participer aux conférences Djohi du 20 juin prochain à Paris. Cyrille Javary
Yi Jing : quand la réponse de l’oracle ne colle pas avec la question
Parfois, les réponses du Yi Jing ont de quoi nous laisser perplexe. Cela arrive plus précisément dans trois types de situations. Tour d’horizon de ces cas de figure un peu particuliers et solutions pour les éviter.
On est tou.te.s passé.e.s par là. Pressé.e d’obtenir une réponse du Yi Jing, on lance les pièces (ou on tire lesbaguettes), on construit notre hexagramme et… le tirage que l’on obtient nous plonge dans un océan de doute et de perplexité. Parfois, c’est de notre faute. La consultation du Livre des Changements est un art et on a oublié d’en respecter les règles essentielles. Et puis parfois, on fait tout bien comme il faut et on se retrouve quand même dans la panade, avec l’impression que l’oracle chinois ne répond pas tout à fait à notre question. Mais qu’est-ce qui peut bien expliquer cela ?
Cas n°1 : le Yi Jing répond à une autre question
C’est le cas de figure classique lorsqu’on a l’esprit obnubilé par un problème « maous costaud » et qu’on interroge le Yi Jing sur tout autre chose. Par exemple, on traverse une passe très difficile avec notre partenaire qui trépigne à l’idée d’avoir des enfants, alors que pour ce qui nous concerne, on verrait plutôt ça dans 2-3 ans.
Cette histoire de bébé nous mange pas mal de temps de cerveau disponible, mais bien sûr les soucis de la vie ne s’arrêtent pas à ça. Entre autres choses, il y a ce nouveau collègue au bureau avec qui les rapports sont un peu tendus et on aimerait bien que le Yi Jing nous conseille sur l’attitude à adopter avec cet olibrius. Problème somme toute secondaire, mais quand même. Alors on procède à un tirage « vie professionnelle » et, surprise !, l’oracle semble plutôt nous parler de notre vie de couple. Que faire ? Renoncer à tout tirage qui s’éloigne un tant soit peu du dilemme « baby or not baby » ? Non, bien sûr.
Dans ce genre de situation, le défi est de parvenir à créer suffisamment d’espace en soi pour que notre inconscient puisse répondre à autre chose qu’à ce qui tourne H24 dans notre tête. Pour y arriver, la méditation est un excellent moyen, l’idée étant de pratiquer juste avant le tirage. Si vous n’êtes pas adepte de la méditation, vous pouvez aussi vous livrer une bonne séance de sport, à une marche en forêt ou toute autre activité capable de vous libérer (vraiment) l’esprit.
Ensuite, procédez à votre tirage, en choisissant si possible la méthode de tirage avec des baguettes (ou tiges d’achillée), méthode qui a l’avantage de prendre plus de temps que la méthode avec des pièces et d’exiger un certain niveau de concentration, ce qui est idéal pour venir à bout des pensées parasites.
Cas n°2 : Le Yi Jing répond deux fois à la même question
Ce genre de problème n’est possible que dans le cas d’un double tirage, c’est-à-dire un tirage pour l’option A et un tirage pour l’option B. La méthode du double tirage est très efficace lorsqu’on est confronté.e à un choix… à condition que ce soit un « vrai » choix. Je m’explique.
Imaginons que je m’interroge sur ma prochaine destination de vacances et je consulte le Yi Jing : mer ou montagne ? Ça, c’est le type de choix qui a toutes les chances d’aboutir à deux réponses claires et distinctes. Maintenant, imaginons que mon double tirage soit basé sur une question du type « partir en vacances ou pas ? ». Là, il existe un risque que l’oracle me parle de l’option vacances… dans ses deux réponses !
Ce n’est pas systématique, mais j’ai déjà pu constater au fil de ma pratique que le Yi Jing ne répondait parfois qu’à l’option « nouveauté ». Dans l’exemple que j’ai donné, seule l’option « partir en vacances » me fait sortir de mon train-train quotidien, tandis que l’option « ne pas partir » m’y maintient. Alors autant pour le double tirage « mer ou montagne » (donc deux options « nouveauté »), j’ai toutes les chances d’obtenir deux réponses distinctes, autant pour celui « partir ou ne pas partir », je m’expose au risque d’avoir deux réponses pour l’option « partir » (avec des nuances différentes, comme pour me donner le tableau le plus complet de ce que m’apporterait le choix de la nouveauté).
Dans un sens, le Yi Jing est logique : qu’il y a-t-il vraiment à attendre d’un statu quo, sinon la poursuite de ce même statu quo ? Pour ce genre de cas, je privilégie donc une question unique, du type « Que peut m’apporter le fait de… (ici : partir en vacances) ».
Attention ceci dit à ce que j’appellerais les « faux statu quo ». Un exemple : notre couple bat de l’aile et on est partagé.e entre l’idée de rester avec notre partenaire et celle de le/la quitter. Ici, on n’est pas dans une situation du type « train-train quotidien versus nouveauté», puisque, dans notre couple, un processus de détérioration – donc un changement – est déjà à l’oeuvre. Dans ce genre de cas, le double tirage se justifie puisque, quelle que soit l’option choisie, ce que deviendra la relation sera forcément différent de ce qu’elle a été.
Cas n° 3 : le Yi Jing nous envoie là où on ne souhaitait pas aller
Alors là, vous me direz : « Euh, mais Candice, à quoi ça sert d’interroger le Yi Jing si c’est pour qu’il nous envoie quand même dans le mur ? » Pas dans le mur, j’ai dit, mais là on n’a pas forcément envie d’aller. Et c’est très différent.
Petit exemple personnel. Il y a presque deux ans, j’étais face à une situation familiale difficile, confrontée à ce qui est parmi le pire genre de questions qu’on ait à traiter avec ses proches : les questions d’héritage. A cette époque, j’avais le franc sentiment qu’on était en train de me faire un « sale coup » et en même temps, les personnes concernées étant chères à mon coeur, j’étais très tentée de m’écraser pour préserver mes relations avec elles, quitte à ce que ça me coûte quelques maux d’estomac.
Mais évidemment, quand on a fait du Yi Jing son vieux compagnon depuis tant d’années, difficile de le laisser sur le rayon de sa bibliothèque lorsqu’on est face à une telle question. J’ai donc interrogé l’oracle chinois et j’ai obtenu l’hexagramme 59, Dénouer, avec le premier trait mutant. Le conseil était clair : il était temps de ruer dans les brancards (et, si vous avez déjà parcouru en entier le Livre des Changements, vous savez combien ce genre d’injonctions y est exceptionnel).
J’ai donc été au feu et… ça a été horrible. Les échanges familiaux qui ont suivi m’ont tordu le bide pendant un mois. C’est vrai, mais, avec le recul, c’était absolument nécessaire. Ne pas avoir percé l’abcès à ce moment-là aurait à coup sûr pourri mes relations familiales sur le long terme, sans possibilité de retour (ou très difficilement) puisque des décisions concrètes et irréversibles auraient alors été prises. Tandis qu’aujourd’hui, après avoir traversé une vraie tempête avec certains membres de ma famille, les choses vont beaucoup mieux et, pour rien au monde, je ne voudrais revenir sur mon choix guidé par le Yi Jing.
Illustration : Monstera sur Pixabay
Ou bien on pourrait voir aussi dans ces phrases obscures, sibyllines… quelque chose du même ordre qu’un koan zen ?
Une incitation directe à sortir de logiques trop étroites, trop binaires, trop causalistes, pour se relier de manière plus ouverte à un ordre plus subtil, où A et non A pourraient bien avoir lieu ensemble, même si ce n’est pas au même endroit…
Là où le mental voudrait qu’on lui dise clairement oui ou non, “vas-y, ne t’inquiète pas, je vais décider pour toi”, le Yi Jing nous offre un espace de réponse plus fin, plus juste, mais plus exigeant, où il nous appartient de faire le tri de tout ce qui se joue ensemble, à un instant donné, dans cette situation là.
Car, au final, dénouer, décider, s’ajuster seront toujours nôtres…
Joyeux Noël à tous les curieux / curieuses du blog !!
Bonjour Jean-Louis,
Merci pour ton commentaire.
J’attendais bien une réaction au sujet du “symbole”…. et tu l’as fait.
Effectivement le “symbole à le Deleuze” peut choquer,
Un symbole étant un élément concret, durable, qui représente une idée abstraite de façon stable et partagée culturellement, et une métaphore (que nous trouvons spécifiquement dans le Yi Jing) étant une figure de style qui consiste à comparer deux réalités différentes sans mot de comparaison, pour créer une image expressive.
Si j’ai mis cette citation, au-delà de ces définitions, c’est pour évoquer le sens que Deleuze développe et qui me paraît adapté aux textes du Yi Jing…
En te souhaitant de bonnes fêtes de fin d’année.
Dominique
bonjour Dominique,
Merci d avoir travaille a ecrire cet article .Je ne suis pas en accord avec le “symbole” explique par Gilles Deleuze. pour moi le symbole est avant tout une image, et cette image n est pas si floue.elle peut etre d une part comlentee par cyrille javary dans sa brique rouge, d autre part elle peut etre interpretee de façon subjective par la personne qui analyse le tirage.joyeux noel Dominique. jean louis